Politique et politicien

La politique expliquée à ma fille

En cette période pré-électorale, les enfants entendent beaucoup parler de politique. Certains mots vont et viennent dans les médias ou les conversations des parents. Du coup, hier soir, alors que je venais faire un dernier baiser à ma fille avant le coucher,  elle me dit :

« Dis, c’est quoi la différence entre un politique et un politicien ? 

– La différence entre un homme politique et un politicien ? À cette heure-ci ?

– Oui, Papa a dit tout à l’heure qu’il ne souhaitait pas un politicien à la mairie de notre village.

– Ça oui !

– Oui, mais c’est quoi la différence entre un homme politique et un politicien ? »

Bien, puisque j’avais déjà raté le début du téléfilm, autant prendre le temps de faire une leçon d’éducation civique…

«  Vois-tu, un homme politique, c’est quelqu’un de bien. Il va consacrer de son temps aux autres. Le politicien, lui, s’occupe de lui, de sa carrière.

– Comment ça ?

– Le politicien est un professionnel de la politique. Il en a fait son métier. Il ne fait que cela. L’homme politique, lui, appartient toujours à la société civile : comme tout le monde, il a un métier, des collègues…

– Il a le temps de faire les deux ?

– Bah, s’il est ministre, non. Mais quand on est maire d’un village de moins de 2000 habitants, on peut, oui. On peut être agriculteur, menuisier, ou principal de collège par exemple. Et l’avantage, c’est qu’on ne se coupe pas du quotidien des gens, vois-tu. Et on reste libre.

– Il y a d’autres différences ?

– Bien sûr ! Le politicien, lui, ne respecte pas ses électeurs. Par exemple, un candidat se présente sur une liste sans étiquette politique ; il est élu. Mais pendant son mandat il s’affilie à un parti ; eh bien ça, c’est manquer de considération pour ses électeurs.

– C’est vrai, c’est pas réglo.

– Bah oui. En plus, l’homme politique, lui, utilise le langage pour convaincre les gens, mais il s’appuie sur des valeurs qui sont les siennes, il est sincère. En revanche, chez le politicien, il n’y pas de cohérence entre son discours et ses actes.

– C’est-à-dire ?

– Par exemple, un politicien va invoquer des grandes figures humanistes, comme Nelson Mandela mais fera le contraire de ce qu’il dit. Par exemple, il prendra ses décisions seul, ou avec une poignée de personnes, sans concertation avec les habitants.  Et pourtant, que disait son prétendu modèle ? «Ce qui est fait pour nous sans nous est fait contre nous ».

– C’est super beau, ça !

– Oui, c’est la démocratie participative… Mais revenons à notre politicien. Il va parler de valeurs humaines… pourtant il utilisera la justice non pour la justice mais comme un instrument au service de ses intérêts partisans. Il est capable ainsi de parler de « coups juridiques ». De même, la loi, c’est fait pour quoi ?

-Bah… euh…  fixer des règles pour la société, non ? Et protéger les citoyens.

– Voilà ! Alors quand un politicien instrumentalise la loi pour se dérober ou pour esquiver des problèmes, que faut-il en penser ?

– Bah, je sais pas moi. Tu as un exemple ?

– Oui. Chaque citoyen a le droit de contrôler l’action des élus locaux. Pour ça, il a le droit de demander tout document qui rend compte des actions de Conseil Municipal, comme  une copie d’un compte administratif.  Le maire a le devoir de communiquer ces informations. La loi lui donne un mois pour le faire. S’il attend le dernier moment pour transmettre le document ou s’il attend qu’on saisisse une instance pour l’obliger à le faire…  crois-tu que ça, c’est être au service des gens ?

– Bah non.

– Voilà ! parce qu’il a obtenu la majorité des voix à un moment donné, il croit que tous les autres doivent se soumettre. Tout compromis semble méprisable. Et il a souvent recours à la stratégie qui consiste à ne dire qu’une partie des choses et à occulter le reste. Par exemple, il ne donne que certains chiffres ou qu’une partie des décisions du Conseil Municipal. Et toute cette stratégie coûte très cher : le budget « communication » d’un politicien est souvent impressionnant !

– Eh bien ! Je comprends mieux maintenant. Mais, dis-moi, tu n’as pas raté ton téléfilm là ?

– Si, mais j’ai gagné un beau moment avec ma fille ! »