DE L’INTÉRÊT GÉNÉRAL… ET DES INTÉRÊTS PARTICULIERS

L’engagement de « servir l’intérêt général » semble être un passage obligé dans tout discours électoral.

Pourquoi aucun candidat ne déroge-t-il à la règle ?

Le concept d’« intérêt général » légitime le pouvoir. Lui seul, semble-t-il, permet de créer le consensus nécessaire à l’exercice du pouvoir.

Deux conceptions de « l’intérêt général »

Cependant, quand le candidat s’engage à servir l’intérêt général, il n’a rien dit. En effet, il en existe deux conceptions bien différentes.

L’intérêt général peut être compris comme l’ajustement de tous les intérêts particuliers : on cherche le meilleur compromis possible après avoir examiné les intérêts de chacun. Dans cette perspective, les élus sont invités à multiplier les contacts sociaux, et à écouter les différents lobbies pour mettre en balance le plus justement possible les arguments des uns et des autres.  C’est ainsi que les États-Unis, par exemple, ont compris la notion d’« intérêt général ».

En France, en revanche, on a longtemps opposé l’intérêt général aux intérêts particuliers, pensant même qu’ils ne pouvaient qu’être en conflit. L’intérêt général était compris comme quelque chose de supérieur, garanti par l’État et l’administration. Du coup, au lieu d’entrer au contact avec les gens, on invitait élus et agents de l’administration à « prendre de la hauteur », à se préserver de toute pression.

Comment on en arrive à se méfier des citoyens…

On comprend alors que, dans un tel système,  toute forme de participation soit plutôt mal vue, voire rejetée. Comment ? Des citoyens se permettraient d’intervenir dans des décisions en matière de politique culturelle, éducative ou urbanistique ? Mais ils ne penseraient qu’à leur petite chaumière, qu’à leur famille, leurs petits intérêts de propriétaires ou de parents…

C’est bien là ce que semble penser notre maire sortant et son équipe. Pendant six ans, ils ont pris des décisions sans que les Saint Jouinais soient partie prenante, se plaçant « au-dessus » des citoyens ordinaires, se posant comme « garants de l’intérêt général ». Et quand on lit leur dernière plaquette, c’est ainsi que cela devrait continuer puisqu’ils se disent « rassemblé[s], non pas autour d’intérêts particuliers, mais sur l’envie de servir l’intérêt général ».

Une conception dépassée et élitiste

Seulement,  cette conception est aujourd’hui bien dépassée. La notion d’« intérêt général » ne suffit plus à rendre le pouvoir légitime. On souhaite maintenant avoir la démonstration concrète que les politiques engagées ont été fondées et utiles. Et les électeurs ne font plus guère confiance en leurs élus pour se placer « au-dessus de la mêlée ».

Comment alors remédier à ce déficit de légitimité ? En instaurant la démocratie participative. Il est en effet bien naïf ou hypocrite de croire que l’intérêt général va sortir tout préparé du cerveau de quelques élus municipaux, comme une barquette de hachis-parmentier du congélateur… Si l’on veut renforcer la qualité des choix, les membres de la société civile ont aussi leur mot à dire et tous doivent mettre la main à la pâte.

Les contradictions du candidat sortant

Alors quand M. Auber et son équipe justifient leur politique en arguant de « l’intérêt général » contre « les intérêts particuliers » et qu’ils promettent en même temps (pour imiter Patrice Delamare et la liste « Choisissons notre avenir ») un « conseil participatif », on comprend l’incohérence des propos. De là à penser que le « passage obligé » devienne langue de bois…